Omraam Mikhaël Aïvanhov
Le feu et l’air
Interprétation
Publié le
À ma première lecture du texte, j’ai été marqué par 2 incohérences :
- L’air qui refroidit le feu
- La sagesse qui est à l'extérieur.
Si Omraam Mikhaël Aïvanhov n’en avait pas été l’auteur, j’aurais simplement passé mon chemin. Mais je ne pouvais penser qu’un enseignant de son niveau ait pu laisser des incohérences sans raison.
L’erreur devait venir de la lecture que j’en faisais.
Le texte
"Pour bien comprendre le feu, il faut aussi connaître l’air, car l’air et le feu sont complémentaires. L’air, qui apporte la fraîcheur, a sur le feu un pouvoir régulateur. Nous retrouvons ce même phénomène en nous.
Comment ? Nous sommes des voyageurs qui parcourons l’espace ; pour accomplir notre prédestination, nous avons besoin de la chaleur et du froid.
La chaleur, nous l’avons en nous, nous apportons avec nous notre poêle avec son combustible, afin de pouvoir nous chauffer au-dedans. Car dehors il fait froid et le chemin est long ; il est donc nécessaire d’entretenir le feu intérieur.
Quant au froid, il vient de l’extérieur : c’est l’air qui permet de régler la température. On peut dire que le feu est l’amour et l’air la sagesse. L’amour est en nous, tandis que la sagesse est à l’extérieur de nous, pour que nous puissions l’étudier, la contempler, et réguler ainsi notre feu intérieur."
Interprétation
Je ne donne qu’une interprétation, libre à vous d’en avoir une autre.
J’invite chacun à chercher sa propre interprétation, peu importe qu’elle soit juste ou non, l’important est qu’elle fasse avancer.
L’air et le feu sont complémentaires
Dans la matière, pour que le feu se manifeste, il a besoin de 3 éléments : le combustible (par exemple le bois), le comburant (oxygène) et l’énergie d’activation (chaleur).
Si on enlève un de ces éléments, le feu s’éteint.
L’air est donc un élément essentiel pour la manifestation du feu. Sans air, le feu s’éteint.
Le paradoxe du texte :
Omraam dit dans son texte que l’air aura pour rôle de refroidir le feu alors qu’en réalité si on ajoute de l’oxygène à un feu, on augmente la flamme.
Dans une première lecture, on pourrait croire qu’en augmentant l’air, on refroidit le feu.
Mais ce n’est pas ce qu’il dit : “c’est l’air qui permet de régler la température.” C’est en ajustant l’air qu’on ajuste la flamme.
Et ça change tout. La sagesse n’est plus là pour diminuer le feu, mais l'attiser et le canaliser.
Dans une cheminée, c’est en ajustant l’ouverture d’air qu’on ajuste la flamme, plus l’ouverture est grande, plus le feu est puissant.
Plus la sagesse est grande, plus l’amour l’est aussi.
L’air, qui apporte la fraîcheur
Si l’air attise le feu, pourquoi cette phrase ? Toutes les autres phrases sur l’air pourraient être prises dans l’autre sens. Par exemple : “c’est l’air qui permet de régler la température” on ne sait pas si l’air règle la température en l’augmentant ou la diminuant.
En revanche dans la phrase : “l’air, qui apporte la fraîcheur", il semble n’y avoir aucun doute, ni aucune interprétation possible.
Pourtant c’est dans cette phrase que réside pour moi toute la magie du texte.
Lorsque l’air s’engouffre dans la cheminée pour attiser la flamme, aussi froid soit-il, il sera réchauffé. La flamme, elle, n’aura pas perdu de sa chaleur à son contact, au contraire !
Le froid dans ce texte fait référence à l’ombre, la difficulté du chemin, des épreuves de la vie, etc..
Ces difficultés dont on pourrait penser qu’elles refroidissent notre feu intérieur ont en réalité la faculté de le raviver et d’être réchauffées par lui.
Le feu ne s'abîme pas, il ne se dilue pas. Il n’a pas besoin d’être protégé, c’est lui qui nous protège et par lui que l’on peut transmuter l’ombre en lumière, le froid en chaleur.
Le feu a besoin de se confronter à l’air froid, il grandit à son contact. Sans lui, le feu ne peut se manifester.
La sagesse est extérieure
La deuxième phrase qui peut sembler dérangeante lors d'une première lecture est : “la sagesse est à l’extérieur de nous”.
Il y a pour moi deux clés à l'intérieur de cette phrase.
La première clé est qu’on peut acquérir la sagesse en observant le monde qui nous entoure.
L’étude des phénomènes extérieurs peut être un moyen de comprendre les phénomènes intérieurs.
Le monde extérieur est le reflet du monde intérieur.
Tout comme le macrocosme est l’image du microcosme. Les planètes tournent autour du soleil comme les électrons autour de l’atome.
Observer le matériel permet de comprendre l'immatériel.
“Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut ;
et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas,
pour faire les miracles d'une seule chose.”
La Table d’émeraude - Hermès Trismégiste
On retrouve cette observation du monde extérieur dans les voies chinoises comme le taoïsme ou même la médecine chinoise.
Chaque organe et chaque émotion est associé à un élément. Observer l’élément nous donne des clés de compréhension de l’organe et de l’émotion.
L’alchimie opérative va encore plus loin. Pour les alchimistes, c’est en travaillant sur un métal à l'extérieur de soi que l’on se rectifie à l'intérieur. Le monde extérieur est à la fois source d’enseignement, mais aussi un instrument de rectification.
La seconde clé est de ne pas s’identifier à la sagesse.
La sagesse n’est qu' un outil. Tout comme l’air est l’élément qui permet au feu de se manifester, la sagesse est l’outil qui permet à l’être véritable de s’incarner.
La sagesse n’est pas le but, elle est le moyen.
À l’image du médecin qui étudie le fonctionnement du corps dans le but de pouvoir le soigner, le sage cherche à comprendre le monde pour manifester ce qu’il est vraiment.
Il est possible de se perdre dans une quête de sagesse, en oubliant le but de tout ça, l’essentiel (l’essence-ciel)
L’air seul ne sera jamais du feu, il a besoin d’une source de chaleur et de bois. La sagesse a besoin de conscience (source de chaleur) et d’actes (bois).
La conscience, ce que nous sommes vraiment, ne peut se manifester en feu dans le monde qu’avec l’aide de la sagesse.
Une sagesse théorique (air) et pratique(bois). Les Grecques avaient d’ailleurs deux termes différents pour désigner la sagesse : la sagesse théorique (Sophia) et la sagesse pratique (phronèsis) .
La sagesse n’a de sens que si elle est reliée à la conscience.
Ce sont les deux phrases qui m’ont au départ le plus rebutée, qui au final m’ont le plus appris. C’est en perçant le voile des apparences que l’on perçoit la vérité.
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Emilien V.